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Gambie : après la joie, les interrogations

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Jeudi 18 février était organisée la cérémonie officielle d’investiture d’Adama Barrow, 3e président de la République de Gambie, coïncidant avec le jour de la fête de l’indépendance. Après plus d’un mois et demi d’incertitudes sur l’avenir du pays à la suite du refus du président Yahya Jammeh de reconnaître sa défaite électorale à l’issue du scrutin du 1er décembre 2016, ce dernier acceptait sous la menace de soldats de la CEDEAO de s’exiler en Guinée équatoriale, permettant à son challenger victorieux, Adama Barrow, exilé au Sénégal, de rentrer dans son pays.

 

Le dénouement de la crise gambienne a soulevé des réactions diverses. D’un côté, plusieurs observateurs ont formulé des critiques en raison de l’amnistie offerte à Jammeh. De l’autre, force est de constater que l’engagement de la communauté régionale ouest-africaine, à travers une médiation et la menace d’une intervention militaire, a permis de mettre fin relativement rapidement à une tentative de passage en force après des élections perdues. Certes, le Sénégal a joué un rôle majeur – bien heureux de mettre à bas le protecteur des derniers rebelles casamançais – et l’armée gambienne ne constituait pas une menace réelle. Mais alors que les dissensions ont souvent affecté le déploiement de réponses régionales, l’action de la CEDEAO sur le dossier gambien mérite d’être soulignée.

 

Le départ de Jammeh et l’entrée triomphale d’Adama Barrow dans Banjul ne doivent cependant pas faire oublier que l’avenir de la Gambie reste incertain. La sécurité du nouveau régime est assurée par les soldats ouest-africains, dont le mandat a été renouvelé pour trois mois début février. Or, quelques jours plus tard, un soldat et ancien membre de la garde rapprochée de l’ex-président était arrêté par des gendarmes sénégalais en possession d’une arme à feu dans la mosquée où priait Adama Barrow.

 

Si les partisans et réseaux de l’ancien président constituent une source potentielle d’instabilité, rappelant l’importance de reprendre en main l’appareil de sécurité gambien afin de permettre un départ du contingent de la CEDEAO, il ne s’agit pas du seul défi pour le nouveau président. Le pays est lourdement endetté, avec un taux de pauvreté de 50 %. Quant au Parlement, il est encore étroitement tenu par les membres du parti de l’ancien président, du moins jusqu’à des élections législatives prévues pour le mois d’avril. En cela, pour l’ancien agent immobilier devenu président, les mois à venir s’annoncent cruciaux pour à la fois tenir une coalition d’opposition gambienne hétérogène, fédérer autour de lui, et initier des réformes permettant d’insuffler un nouveau souffle dans le pays. En savoir +