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Nigéria : éviter la famine malgré des zones non accessibles

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La communauté humanitaire s’est réunie le 24 février 2017 lors de la Conférence humanitaire d’Oslo sur le Nigéria et la région du lac Tchad. Selon l’UNOCHA, plus de 10 millions de personnes requièrent une assistance humanitaire dans cette région, 7 millions sont dans une situation d’insécurité alimentaire, 1.8 million sont des déplacés internes, plus de 1 200 écoles sont endommagées, 3 millions d’enfants ont besoin d’être instruits et environ 1 million de maisons ont été détruites par Boko Haram. Si la Conférence, co-organisée par la Norvège, le Nigéria, l’Allemagne et les Nations Unies, a levé 672 millions de dollars US de promesses de fonds, l’accès aux zones contrôlées par Boko Haram et la protection des personnes restent des enjeux majeurs.

 

Le sommet d’Oslo est un succès pour la diplomatie norvégienne. Il a permis de mobiliser largement la communauté internationale et d’augmenter les fonds humanitaires pour répondre à la gravité de la crise alimentaire et nutritionnelle qui se déroule dans le nord-est du Nigéria et dans l’ensemble de la région du lac Tchad, une des crises humanitaires les plus délaissées au monde. Quatorze pays, principalement européens (mais aussi la Corée et le Japon) ont promis des fonds supplémentaires : 458 millions pour 2017 et 214 millions de dollars US pour 2018 et au-delà, représentant environ un tiers du 1.5 milliard demandé par l’ONU dans son appel pour la région du lac Tchad en 2017. « Notre but devrait être d’apporter la stabilité et la croissance dans une région fortement troublée. Nous devons agir maintenant, ensemble, pour affronter cette crise humanitaire complexe, éviter la famine au Nigéria et dans la région du lac Tchad et sécuriser un développement sur le long terme favorisant la résilience » a déclaré le ministre des affaires étrangères norvégien, M. Børge Brende, dans son discours de bienvenue.

 

« Cette crise n’aurait pas pu venir à un pire moment pour le Nigéria. Nous faisons face à de graves difficultés fiscales. L’économie a plongé dans la récession. Les ressources énormes que nous dépensons dans les opérations militaires contre Boko Haram et bien sûr, pour nous - pays producteur de pétrole, la chute catastrophique du prix du brut, nous placent dans une situation économique extrêmement difficile. Au Nigéria, 26 millions de personnes ont été touchées par Boko Haram. Maiduguri accueille à elle seule plus de personnes déplacées que toute l’Europe. […] Nous demandons humblement votre aide », a rappelé le ministre des Affaires étrangères du Nigéria, Geoffrey Onyeama.

 

L’approche nigériane a progressivement évolué. Pendant longtemps, les représentants du gouvernement nigérian ont nié la gravité de la crise, accusant les organisations humanitaires d’exagérer le problème et/ou de traiter le Nigéria comme une vache à lait. Ce dernier a désormais confirmé son engagement à affronter cette crise avec ses partenaires internationaux, à travers son groupe de travail interministériel chargé de faciliter la coordination, l’initiative présidentielle pour le nord-est ainsi que des stratégies de développement économique visant à déplacer progressivement les objectifs vers la reconstruction, la réinstallation des personnes déplacées internes et le soutien au rétablissement des moyens d’existence. Selon la déclaration de M. Onyeama, le gouvernement du Nigéria a déjà alloué 1 milliard de ses ressources internes (dont 632 millions provenant de son budget fédéral).

 

Grâce à l’aide d’urgence humanitaire, la situation alimentaire et nutritionnelle à Adamawa et à Yobé s’est véritablement améliorée. Le risque de famine dans les zones inaccessibles de l’État de Borno reste cependant réel. Au-delà des questions de financement, le défi le plus urgent pour les trois ou quatre prochains mois (avant le début de la saison de soudure) sera de rendre accessibles les sept communes (LGA) de l’État de Borno, environ un tiers de son territoire. De nombreux acteurs humanitaires ont témoigné de ce dont ils ont été directement témoins et ont souligné la gravité de la situation à l’occasion d’une réunion de la société civile organisée en amont de la Conférence d’Oslo.

 

Dans sa déclaration, M. Laurent Bossard, directeur du Secrétariat du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO/OCDE) a insisté sur la dimension régionale de la crise. « Notre action collective devrait être guidée par la dimension transfrontalière de la crise et de ses implications. Ceci en appelle à la solidarité régionale de manière coordonnée pour garantir l’efficacité et la durabilité de nos actions ».

 

Le Réseau de prévention des crises alimentaires (RPCA) a publié en décembre 2016 une déclaration pour encourager ses partenaires internationaux à développer des réponses plus structurelles. Conduite dans le cadre du RPCA, l’analyse du Cadre harmonisé fournira des données chiffrées actualisées sur la situation alimentaire et nutritionnelle et les Membres du Réseau examineront l’impact des réponses d’urgence lors de la prochaine réunion du Réseau, les 10-12 avril prochain à l’OCDE, à Paris. La nécessité de penser sur le long terme a été soulignée par de nombreux intervenants importants et doit désormais être mise en pratique au-delà de 2017.

 

Regarder l’enregistrement vidéo (intervention de M. Bossard à la minute 202)

Nigeria, 2017 Humanitarian Needs Overview