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Statistiques publiques en Afrique : entre renouveau et défis

Plusieurs chercheurs ont, ces dernières années, remis en cause les statistiques africaines. Exemple parmi d’autres, en 2013, l’économiste de la Banque mondiale, Shantayanan Devarajan, publiait un article intitulé « Africa’s Stratistical Tragedy », dans lequel il dressait le sombre portrait d’une statistique africaine affectée par un manque de capacités au sein des institutions statistiques africaines, une gouvernance floue des responsabilités, un manque de financement stable des États et un effet déstructurant des financements des bailleurs.

 

Cette remise en cause de la statistique publique en Afrique n’a pas été sans susciter des réactions. Outre l’invocation du néocolonialisme pour stigmatiser des discours venant du Nord, plusieurs initiatives concrètes ont été lancées. En 2010, la Stratégie pour l’harmonisation des statistiques en Afrique (SHAsA) voyait ainsi le jour. Plus récemment, début 2017, une nouvelle version était élaborée (SHaSA II), au moment où l’Institut panafricain de statistiques (STATAFRIC), destiné à harmoniser ces dernières sur le continent et à accompagner la Commission de l’Union africaine dans la conduite du processus d’intégration africaine, devenait opérationnel.

 

Dans un contexte marqué par un recours croissant à la statistique au nom des paradigmes des « données probantes » ou de la « gestion par les résultats », mais aussi par l’adoption par l’ONU en septembre 2015 de 17 Objectifs de développement durable (ODD) associés à 169 cibles et 229 indicateurs statistiques, ces tentatives de renforcement de la statistique africaine s’annoncent d’ores et déjà comme un enjeu central pour le pilotage des politiques publiques en matière de développement.

 

Les statistiques africaines ne peuvent cependant être réduites à cette seule dimension. Elles ont en effet historiquement constitué, en Europe, un instrument d’affermissement des États en contribuant à créer une communauté et en permettant à l’État une gestion rationnelle de sa population. De même, elles sont un outil essentiel pour demander des comptes aux administrations, ou illustrer les avancées et démentir des rumeurs parfois tenaces. En cela, la statistique fait partie de ces défis majeurs auxquels sont confrontés les États africains dans la construction de la puissance publique, de l’élaboration de son action, et de sa légitimité.

 

Pour aller plus loin

Revue Afrique contemporaine, n°258, 2017.

Conseil économique et social des Nations Unies et Union africaine, Strategy for the Harmonisation of Statistics in Africa. SHaSA II (2017-2026), mars 2017.