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Thomas Sankara au pays des Femmes intègres

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Si l’évocation de Thomas Isidore Noël Sankara renvoie à la révolution burkinabè d’août 1983 et aux quatre ans qu’il a passés à la tête de l’État, il a aussi marqué d’une pierre blanche, l’évolution des mentalités et des politiques au Burkina Faso en faveur des femmes. Il était convaincu qu’ « il n’y a de révolution sociale véritable que lorsque la femme est libérée ». Il l’a manifesté dans son mémorable discours du 8 mars 1987, intitulé « la libération de la femme, une exigence du futur ».

 

De 1983 à 1987, le président a maintes fois témoigné de ses convictions et de sa volonté à faire des femmes des actrices majeures du développement, à côtés des hommes, en toute égalité et dans la justice sociale.

 

La lutte pour leur émancipation commence par la sphère  politique. Thomas Sankara encourage la création de l’Union des femmes du Burkina. Dès août 1984, trois femmes sont appelées au gouvernement. D’autres sont nommées à des  postes de préfet, de haut-commissaire, enrôlées dans l’armée, initiées aux métiers jadis réservés aux hommes. Elles participent à la construction du chemin de fer Ouaga-Kaya et du Théâtre populaire de Gounghin, l’un des hauts lieux de culture de la capitale.

 

De l’éveil politique, les femmes passent à l’action dans toutes les sphères de décision. De la parole aux  actes, Sankara tient les promesses de ses discours.

 

Selon l’historien Poussi Sawadogo, la prise de position courageuse et sincère de Sankara est sans précédent dans l'histoire du Burkina Faso et dans celle des idées politiques. Le Burkina Faso, sous son administration, apparaît comme un pays où le pouvoir politique se féminise. « Les promesses faites dans le discours d'orientation politique du président Sankara ont été tenues », écrit-il.   

 

La révolution s’opère aussi dans la sphère  sociale. À l’occasion  8 mars 1985, une Semaine nationale est organisée en l’honneur des femmes. Elle suscite le théâtre d’intenses moments de réflexions sur les droits et le rôle de la femme au Pays des Hommes intègres. Depuis, le 8 mars est férié au Burkina Faso. À cette occasion, Sankara a interdit aux femmes l’accès aux marchés, forçant ainsi les hommes à faire les courses et les engageant de faire la cuisine ; inversion salutaire des rôles permettant la gente masculine de toucher du doigt les réalités des corvées quotidiennes de leurs épouses, mères et sœurs. Le président du Faso marque aussi les esprits, en se faisant l'avocat irréductible des femmes prostituées sur lesquelles il refuse qu’on jette la pierre. Pour lui, il faut combattre la prostitution en toute responsabilité. « En tendant une main secourable à la prostituée, nous sauvons nos mères, nos sœurs et nos femmes de cette lèpre sociale. Nous nous sauvons nous-mêmes. Nous sauvons le monde »  professe-t-il.

 

Discours de Thomas Sankara : La libération de la femme : une exigence du futur, 8 mars 1987